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Anthologie Poétique

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Catégorie: Sciences Economiques et Sociales

Soumis par: Elise 23 avril 2012

Mots: 6730 | Pages: 27

...

tes mais ne laisse pas le lecteur indifférent.

Il y a en outre dans la grande majorité de ces œuvres, une forme de contestation, un cri d’opposition manifeste à la peine capitale. On y retrouve la révolte d’un Lacenaire ainsi que toute la puissance d’évocation d’un Victor Hugo. De la prière avec Villon ou de la technique avec Lamartine. Cependant ces qualificatifs sont très réducteurs mais donne une image de ce qu’il me suggère au premier abord.

La grande majorité de ces poètes sont empreint du siècle des lumières et des idées révolutionnaires de la déclaration des droits de l’Homme.

Introduction

Dans cette brève anthologie de la poésie traitant de la peine de mort nous avons mis en évidence huit poèmes issus d’auteurs très variés. J’ai commencé cette anthologie par un poème de François Lacenaire associé à une peinture de Francis Lagrange pour mettre en avant plan l’acteur principal de la peine capitale : le condamné à mort avec ses espérances perdus, sa résignation et sa révolte vaine.

Il est à noter que ce travail repose essentiellement sur des auteurs du 19eme siècle car c’est à partir de cette époque que les auteurs ont pu jouir d’une certaine forme de liberté d’expression. Auparavant, la critique de la peine de mort pouvait était répréhensible car on l’associait à la contestation du pouvoir.

La peine capitale est un sujet de réflexion très sensible car c’est une pierre d’achoppement entre deux visions radicalement différentes de la place de l’Homme dans le monde. Certains y voient une peine cruelle et inhumaine alors que d’autre la considère comme un juste châtiment.

Ce condamné à mort, n’est-il pas l’incarnation de notre peur de la mort, de notre refus de celle-ci ou est-il simplement une vie à préserver avant tout car la vie n’a pas de prix ?

Le pardon s’applique-t-il à tout le monde ? Même aux pires criminelles? Que peut-on dire à une mère dont la vie de l’enfant a été sauvagement et cruellement supprimée à jamais ?

Certains diraient que la vengeance ne ramène pas les morts à la vie, que la société est aussi coupable d’avoir engendré la criminalité.

On ne peut pas reproché à un homme d’être ce qu’il est, le produit de ses gênes et de son environnement.

A cela, les tenants de la peine de mort répondent par les statistiques, la peur inspiré par le châtiment, la volonté d’annihiler le mal, ceux dont le cœur est emplit de méchanceté pure, les irrécupérables. Pour chaque criminel dangereux mort on sauve des vies qui ont plus de « valeur », des innocents. L’équation est là, un mort contre plusieurs vies.

Une peur infligé par la mort pour vacciner l’ensemble de la société, l’amputation du mal le plus abject pour protéger le corps entier. Mais qu’elle est le mal supportable et le mal punissable, encore une frontière à définir et encore plus de complexités à rajouter à une vie déjà trop compliqué.

Ce n’est pas seulement une question de Justice, c’est aussi une question de société ou le religieux et le profane s’affrontent durement.

Faisons alors le décompte des morts directes ou indirectes, combien de morts produits une société «anti-mort» et combien de mort produit une société qui promeut la peine capitale?

Comment une société qui applique la peine de mort peut-elle garantir l’équité entre riche ou pauvre devant la sentence? Alors que nous savons que de nos jours certaines castes ont un passe-droit.

Comment peut-on garantir que l’innocent ne se soit pas accusé et exécuter à tort?

Existe-t-il un pardon pour les criminelles?

Il y a énormément de questions qui sous-tendent une autre question essentielle. Celle de l’universalité des règles de droits.

Le dernier chantPierre François Lacenaire |

En expirant, le cygne chante encore,

Ah laissez-moi chanter mon chant de mort !...

Ah laissez-moi chanter, moi qui sans agonie

Vais vous quitter dans peu d'instants,

Qui ne regrette de la vie

Que quelques jours de mon printemps

Et quelques baisers d'une amie

Qui m'ont charmé jusqu'à vingt ans !...

Salut à toi, ma belle fiancée,

Qui dans tes bras vas m'enlacer bientôt !

A toi ma dernière pensée,

Je fus à toi dès le berceau.

Salut ô guillotine ! expiation sublime,

Dernier article de la loi,

Qui soustrais l'homme à l'homme et le rends pur de crime

Dans le sein du néant, mon espoir et ma foi.

Je vais mourir... le jour est-il plus sombre ?

Dans les cieux l'éclair a-t-il lui ?

Sur moi vois-je s'étendre une ombre

Qui présage une horrible nuit ?

Non, rien n'a troublé la nature.

Tout est riant autour de moi,

Mon âme est calme et sans murmure,

Mon cœur sans crainte et sans effroi

Comme une vierge chaste et pure.

| Sur des songes d'amour je m'appuie et m'endors,

Me direz-vous ce que c'est qu'un remords ?

Vertu, tu n'es qu'un mot, car partout sur la terre

Ainsi que Dieu je t'ai cherché en vain !

Dieu ! Vertu ! Paraissez, montrez-moi la lumière !

Mon cœur va devant vous s'humilier soudain.

Dieu ! Mais c'est en son nom qu'on maudit, qu'on torture

Celui qui l'a conçu plus sublime et plus grand ?

La vertu !... n'est-ce pas une longue imposture

Qui dérobe le riche au fer de l'indigent ?

On n'en demande pas à l'opulence altière,

On en dispense le pouvoir,

Le pauvre seul est tenu d'en avoir.

Pauvre à toi la vertu ! Pauvre à toi la misère.

A nous le vice et la vie à plein verre !

Vous ! Mourez sans vous plaindre : est-ce pas votre sort ?

Mourez sans nous troubler ou vous êtes infâmes.

J'ai saisi mon poignard et j'ai dit, moi : de l'or !...

De l'or avec du sang... de l'or et puis des femmes

Qu'on achète et qu'on paye avec cet or sanglant.

Des femmes et du vin... un instant je veux vivre...

Du sang... du vin... l'ivresse... attendez un instant

Et puis à votre loi tout entier je me livre...

Que voulez-vous de moi ? Vous parlez d'échafaud ?

Me voici... j'ai vécu... j'attendais le bourreau. |

Contextualisation

Né le 20 décembre 1803, Pierre François Lacenaire est lui aussi un criminel français qui fut Guillotiné le 9 janvier 1836. Lors de sa détention à la Concièrge le poète romantique écrira avant sa mort les Mémoires, révélations et poésies de Lacenaire ou apparaîtra Le dernier chant qui exprime ces derniers ressentis et pensés.

Le cachot clair. Peinture de Francis LAGRANGE - peintre forçat

http://www.imagesplus.fr/LA-GUILLOTINE_a55.html, consulté le 20 mai 2011

Commentaire sur les œuvres

Le Chant du cygne est pareil à ce rayon de lumière qui éclaire la cellule pour la dernière fois avant la totale obscurité. C’est un dernier jais de vie avant le néant, la souvenance de quelques instants de bonheurs avant la Fin.

Le condamné est résigné sur le sort qui l’attend mais en même temps il est plein de révolte. C’est un cri contre l’injustice que l’auteur lance au regard de ceux qui détiennent l’autorité et le pouvoir.

On retrouve les principaux éléments du poème dans le tableau. La croix symbolisant le questionnement sur Dieu, la femme nue qui peut s’apparenter à la débauche et aux vices, l’autorité représentée par le dessin du policier.

Contre la peine de mort

Alphonse de Lamartine

(Au peuple du 19 octobre 1830)

Vains efforts ! périlleuse audace !

Me disent des amis au geste menaçant,

Le lion même fait-il grâce

Quand sa langue a léché du sang ?

Taisez-vous ! Ou chantez comme rugit la foule ?

Attendez pour passer que le torrent s’écoule

De sang et de lie écumant !

On peut braver Néron, cette hyène de Rome!

Les brutes ont un coeur! le tyran est un homme :

Mais le peuple est un élément ;

Elément qu’aucun frein ne dompte,

Et qui roule semblable à la fatalité ;

Pendant que sa colère monte,

Jeter un cri d’humanité,

C’est au sourd Océan qui blanchit son rivage

Jeter dans la tempête un roseau de la plage,

La feuille sèche à l’ouragan !

C’est aiguiser le fer pour soutirer la foudre,

Ou poser pour l’éteindre un bras réduit en poudre

Sur la bouche en feu du volcan !

Souviens-toi du jeune poète,

Chénier ! dont sous tes pas le sang est encore chaud,

Dont l’histoire en pleurant répète

Le salut triste à l’échafaud .

Il rêvait, comme toi, sur une terre libre

Du pouvoir et des lois le sublime équilibre ;

Dans ses bourreaux il avait foi !

Qu’importe ? il faut mourir, et mourir sans mémoire :

Eh bien ! Mourons, dit-il. Vous tuez de la gloire :

J’en avais pour vous et pour moi !

Cache plutôt dans le silence

Ton nom, qu’un peu d’éclat pourrait un jour trahir !

Conserve une lyre à la France,

Et laisse-les s’entre-haïr ;

De peur qu’un délateur à l’oreille attentive

Sur sa table future en pourpre ne t’inscrive

Et ne dise à son peuple-roi :

C’est lui qui disputant ta proie à ta colère,

Voulant sauver du sang ta robe populaire,

Te crut généreux : venge-toi !

Non, le dieu qui trempa mon âme

Dans des torrents de force et de virilité,

N’eût pas mis dans un coeur de femme

Cette soif d’immortalité.

Que l’autel de la peur serve d’asile au lâche,

Ce coeur ne tremble pas aux coups sourds d’une hache,

Ce front levé ne pâlit pas !

La mort qui se trahit dans un signe farouche

En vain, pour m’avertir, met un doigt sur sa bouche :

La gloire sourit au trépas.

Il est beau de tomber victime

Sous le regard vengeur de la postérité

Dans l’holocauste magnanime

De sa vie à la vérité !

L’échafaud pour le juste est le lit de sa gloire :

Il est beau d’y mourir au soleil de l’histoire,

Au milieu d’un peuple éperdu !

De léguer un remords à la foule insensée,

Et de lui dire en face une mâle pensée,

Au prix de son sang répandu.

Peuple, dirais-je ; écoute ! et juge !

Oui, tu fus grand, le jour où du bronze affronté

Tu le couvris comme un déluge

Du reflux de la liberté !

Tu fus fort, quand pareil à la mer écumante,

Au nuage qui gronde, au volcan qui fermente,

Noyant les gueules du canon,

Tu bouillonnais semblable au plomb dans la fournaise,

Et roulais furieux sur une plage anglaise

Trois couronnes dans ton limon !

Tu fus beau, tu fus magnanime,

Le jour où, recevant les balles sur ton sein,

Tu marchais d’un pas unanime,

Sans autre chef que ton tocsin ;

Où, n’ayant que ton coeur et tes mains pour combattre,

Relevant le vaincu que tu venais d’abattre

Et l’emportant, tu lui disais :

Avant d’être ennemis, le pays nous fit frères ;

Livrons au même lit les blessés des deux guerres :

La France couvre le Français !

Quand dans ta chétive demeure,

Le soir, noirci du feu, tu rentrais triomphant

Près de l’épouse qui te pleure,

Du berceau nu de ton enfant !

Tu ne leur présentais pour unique dépouille

Que la goutte de sang, la poudre qui te souille,

Un tronçon d’arme dans ta main ;

En vain l’or des palais dans la boue étincelle,

Fils de la liberté, tu ne rapportais qu’elle :

Seule elle assaisonnait ton pain !

Un cri de stupeur et de gloire

Sorti de tous les coeurs monta sous chaque ciel,

Et l’écho de cette victoire

Devint un hymne universel.

Moi-même dont le coeur date d’une autre France,

Moi, dont la liberté n’allaita pas l’enfance,

Rougissant et fier à la fois,

Je ne pus retenir mes bravos à tes armes,

Et j’applaudis des mains, en suivant de mes larmes

L’innocent orphelin des rois !

Tu reposais dans ta justice

Sur la foi des serments conquis, donnés, reçus ;

Un jour brise dans un caprice

Les noeuds par deux règnes tissus !

Tu t’élances bouillant de honte et de délire :

Le lambeau mutilé du gage qu’on déchire

Reste dans les dents du lion.

On en appelle au fer; il t’absout ! Qu’il se lève

Celui qui jetterait ou la pierre, ou le glaive

A ton jour d’indignation !

Mais tout pouvoir a des salaires

A jeter aux flatteurs qui lèchent ses genoux,

Et les courtisans populaires

Sont les plus serviles de tous !

Ceux-là des rois honteux pour corrompre les âmes

Offrent les pleurs du peuple ou son or, ou ses femmes,

Aux désirs d’un maître puissant ;

Les tiens, pour caresser des penchants plus sinistres,

Te font sous l’échafaud, dont ils sont les ministres,

Respirer des vapeurs de sang !

Dans un aveuglement funeste,

Ils te poussent de l’oeil vers un but odieux,

Comme l’enfer poussait Oreste,

En cachant le crime à ses yeux !

La soif de ta vengeance, ils l’appellent justice :

Et bien, justice soit ! Est-ce un droit de supplice

Qui par tes morts fut acheté ?

Que feras-tu, réponds, du sang qu’on te demande ?

Quatre têtes sans tronc, est-ce donc là l’offrande

D’un grand peuple à sa liberté ?

N’en ont-ils pas fauché sans nombre ?

N’en ont-ils pas jeté des monceaux, sans combler

Le sac insatiable et sombre

Où tu les entendais rouler ?

Depuis que la mort même, inventant ses machines,

Eut ajouté la roue aux faux des guillotines

Pour hâter son char gémissant,

Tu comptais par centaine, et tu comptas par mille !

Quand on presse du pied le pavé de ta ville,

On craint d’en voir jaillir du sang !

- Oui, mais ils ont joué leur tête.

- Je le sais; et le sort les livre et te les doit!

C’est ton gage, c’est ta conquête ;

Prends, ô peuple! use de ton droit.

Mais alors jette au vent l’honneur de ta victoire;

Ne demande plus rien à l’Europe, à la gloire,

Plus rien à la postérité !

En donnant cette joie à ta libre colère,

Va-t’en; tu t’es payé toi-même ton salaire :

Du sang, au lieu de liberté !

Songe au passé, songe à l’aurore

De ce jour orageux levé sur nos berceaux ;

Son ombre te rougit encore

Du reflet pourpré des ruisseaux !

Il t’a fallu dix ans de fortune et de gloire

Pour effacer l’horreur de deux pages d’histoire.

Songe à l’Europe qui te suit

Et qui dans le sentier que ton pied fort lui creuse

Voit marcher tantôt sombre et tantôt lumineuse

Ta colonne qui la conduit !

Veux-tu que sa liberté feinte

Du carnage civique arbore aussi la faux ?

Et que partout sa main soit teinte

De la fange des échafauds ?

Veux-tu que le drapeau qui la porte aux deux mondes,

Veux-tu que les degrés du trône que tu fondes,

Pour piédestal aient un remords ?

Et que ton Roi, fermant sa main pleine de grâces,

Ne puisse à son réveil descendre sur tes places,

Sans entendre hurler la mort ?

Aux jours de fer de tes annales

Quels dieux n’ont pas été fabriqués par tes mains ?

Des divinités infernales

Reçurent l’encens des humains !

Tu dressas des autels à la terreur publique,

A la peur, à la mort, Dieux de ta République ;

Ton grand prêtre fut ton bourreau !

De tous ces dieux vengeurs qu’adora ta démence,

Tu n’en oublias qu’un, ô peuple ! la Clémence !

Essayons d’un culte nouveau.

Le jour qu’oubliant ta colère,

Comme un lutteur grandi qui sent son bras plus fort,

De l’héroïsme populaire

Tu feras le dernier effort ;

Le jour où tu diras : Je triomphe et pardonne !…

Ta vertu montera plus haut que ta colonne

Au-dessus des exploits humains ;

Dans des temples voués à ta miséricorde

Ton génie unira la force et la concorde,

Et les siècles battront des mains !

» Peuple, diront-ils, ouvre une ère

» Que dans ses rêves seuls l’humanité tenta,

» Proscris des codes de la terre

» La mort que le crime inventa !

» Remplis de ta vertu l’histoire qui la nie,

» Réponds par tant de gloire à tant de calomnie !

» Laisse la pitié respirer!

» Jette à tes ennemis des lois plus magnanimes,

» Ou si tu veux punir, inflige à tes victimes

» Le supplice de t’admirer !

» Quitte enfin la sanglante ornière

» Où se traîne le char des révolutions,

» Que ta halte soit la dernière

» Dans ce désert des nations ;

» Que le genre humain dise en bénissant tes pages :

» C’est ici que la France a de ses lois sauvages

» Fermé le livre ensanglanté ;

» C’est ici qu’un grand peuple, au jour de la justice,

» Dans la balance humaine, au lieu d’un vil supplice,

» Jeta sa magnanimité.»

Mais le jour où le long des fleuves

Tu reviendras, les yeux baissés sur tes chemins,

Suivi, maudit par quatre veuves,

Et par des groupes d’orphelins,

De ton morne triomphe en vain cherchant la fête,

Les passants se diront, en détournant la tête :

Marchons, ce n’est rien de nouveau !

C’est, après la victoire, un peuple qui se venge ;

Le siècle en a menti ; jamais l’homme ne change :

Toujours, ou victime, ou bourreau !

Contextualisation

Né en 1790 et mort en 1869 Alphonse de Lamartine poète, romancier et dramaturge français est une figure du romantisme. Créé dans un cadre politique le poème contre la peine de mort vois le jours en 1830, ayant pour but de rallier le peuple contre la peine capitale à travers la figure emblématique de Chénier.

Jacques-Louis David, La mort de Socrate (1787), conservé au Metropolitan Museum of Art de New York

http://www.greceantique.net/socrate.php, consulté le 20 mai 2011

Commentaire sur les œuvres

Ce poème est une ode, un hommage poignant et émouvant à Chénier, mort guillotiné dans des circonstances troubles. Chénier était un fervent défenseur des idées de liberté et un passionné de l’art antique. Il incarne les idées du siècle des lumières, des idées révolutionnaires. Son œuvre sera récupérée et appréciée par les jeunes romantiques qui le précèderont.

Socrate est une figure imposante de l’antiquité, il apporté des idées nouvelles et remet en cause l’ordre établi. Il inspira la jeunesse et fut accusé de la corrompre. Courageux jusqu’à la fin comme Chénier, il n’a pas renié ses idées révolutionnaires et est mort pour les avoir défendu.

L’exécutionJules Lefèvre-Deumier |

C’était l’heure agréable où le jour qui décline

Ramène la fraîcheur de la brise marine,

Où l’on respire en paix : c’était un soir d’été.

Le soleil semblait fuir avec rapidité,

Et, prêt à se cacher, le soleil, qui peut-être

Dans ce funeste jour n’aurait pas dû paraître,

Éclaira tout à coup d’un rayon solennel

Le front humilié du jeune criminel.

Au moment où le ciel, commuant sa sentence,

Admettait du guerrier la noble pénitence,

La lumière effleura ses boucles de cheveux,

Et la hache levée en réfléchit les feux.

De l’équité de Dieu cette lueur complice,

Ainsi montrait le crime au glaive du supplice

Et le coeur le plus dur en fut glacé d’horreur.

Tels les peuples jadis croyaient, dans leur terreur,

Que, des décrets du ciel échevelé ministre,

Se levait la comète, et que l’astre sinistre,

Comme le sceau divin des réprobations,

Sur la tête des rois balançait ses rayons.Tout est dit : il est temps que l’arrêt s’exécute ;

Les heures vont passer leur dernière minute ;

Ses crimes sont absous : pour la dernière fois

Les grains du chapelet ont tourné sous ses doigts.

Tranquille et sans orgueil, il demande au vieux prêtre

Ce que Dieu peut lui dire en le voyant paraître ;

Et puis de son épaule arrachant son manteau,

Il livre ses cheveux à l’affront du ciseau.

On le dépouille : il perd cette écharpe charmante

Qu’en pleurant ses amours, lui broda son amante,

Qu’il crut comme aux combats emporter au tombeau.

Pour lui couvrir les yeux s’apprêtait le bandeau.

| Et d’un profond dédain soulevant la fierté :

» Esclave, à mes regards laisse la liberté.

» Le crime est une dette, un peu de sang l’acquitte ;

» Je te donne le mien, prends tout, que je sois quitte.

» Devant ce bras captif si la mort ne peut fuir,

» Je veux qu’au moins mes yeux puissent le voir venir.»

Et sur le noir billot il va poser la tête.

Le bourreau stupéfait le regarde et s’arrête :

» Allons, frappe » ; et vers lui le bourreau se courba ;

» Frappe donc ! » cria-t-il ; et la hache tomba.

Le tronc recule et meurt, le sang jaillit et coule,

La tête convulsive au loin bondit et roule ;

L’œil terne agite encore un regard effacé,

Puis la bouche se serre, et la vie a cessé Ainsi mourut Hugo, sans faste, sans parade,

Non comme un criminel que l’échafaud dégrade ;

En homme, dont les yeux n’avaient pas dédaigné

De tourner vers le Ciel un regard résigné.

Il s’était repenti : de pieuses paroles

Avaient sevré son cœur d’attachements frivoles.

Plus de reproche amer à son père outragé ;

De ce monde terrestre il s’était dégagé,

Pour aller habiter celui de la prière.

Plus de ressentiment, ni de pensée altière ;

Plus de fiel, plus d’orgueil et plus de désespoir ;

Il ne souhaita pas même de la revoir,

Elle… ! Rien que sa vue, hélas ! sitôt ravie,

L’eût par trop de regrets rapproché de la vie ;

Il valait mieux mourir, oublieux de son sort.

Si le bourreau soigneux de lui cacher la mort,

N’eût pas montré pour lui cette pitié grossière

Qui met des criminels les yeux à la lisière,

Il n’eût pas dit un mot. Le peu qu’il prononça,

Ce fut le seul adieu qu’au monde il adressa. |

Contextualisation

Né en 1797 à Paris, Jules Lefèvre-Daumier est un poète extrêmement romantique contrairement à son père qui lui est opposé à cette doctrine. Ainsi par cette divergence

Emile Friant, La peine capitale

http://www.tdg.ch/actu/culture/voir-paris-2010-04-02, consulté le 20 mai 2011

Commentaire sur les œuvres

Atmosphère brillamment décrite, l’image est saisissante dans son contraste avec ce soir d’été ou le soleil n’aurait pas du paraître. On retrouve aussi dans le tableau cette mise en perspective entre le condamné et la lumière dans laquelle beigne l’instrument du trépas.

Dans la mort, il abandonne ses derniers lambeaux de bonheur comme s’il abandonnait un habit cher à son cœur.

Il se dirige vers cette clarté, s’y confondre pour toujours. Là où toutes les peines terrestres n’ont plus cours. Résigné mais avec courage, le prisonnier va vers sa mort et vers son absolution avec dignité.

L’échafaudVictor Hugo 3o mars 1856. |

C’était fini. Splendide, étincelant, superbe,

Luisant sur la cité comme la faux sur l’herbe,

Large acier dont le jour faisait une clarté,

Ayant je ne sais quoi dans sa tranquillité

De l’éblouissement du triangle mystique,

Pareil à la lueur au fond d’un temple antique,

Le fatal couperet relevé triomphait.

Il n’avait rien gardé de ce qu’il avait fait

Qu’une petite tache imperceptible et rouge.Le bourreau s’en était retourné dans son bouge ;

Et la peine de mort, remmenant ses valets,

Juges, prêtres, était rentrée en son palais,

Avec son tombereau terrible dont la roue,

Silencieuse, laisse un sillon dans la boue

Qui se remplit de sang sitôt qu’elle a passé.

La foule disait : bien ! car l’homme est insensé,

Et ceux qui suivent tout, et dont c’est la manière,

Suivent même ce char et même cette ornière.J’étais là. Je pensais. Le couchant empourprait

Le grave Hôtel de Ville aux luttes toujours prêt,

Entre Hier qu’il médite et Demain dont il rêve.

L’échafaud achevait, resté seul sur la Grève,

Sa journée, en voyant expirer le soleil.

Le crépuscule vint, aux fantômes pareils.

Et j’étais toujours là, je regardais la hache,

La nuit, la ville immense et la petite tache. | A mesure qu’au fond du firmament obscur

L’obscurité croissait comme un effrayant mur,

L’échafaud, bloc hideux de charpentes funèbres,

S’emplissait de noirceur et devenait ténèbres ;

Les horloges sonnaient, non l’heure, mais le glas ;

Et toujours, sur l’acier, quoique le coutelas

Ne fût plus qu’une forme épouvantable et sombre,

La rougeur de la tache apparaissait dans l’ombre.Un astre, le premier qu’on aperçoit le soir,

Pendant que je songeais, montait dans le ciel noir.Sa lumière rendait l’échafaud plus difforme.

L’astre se répétait dans le triangle énorme ;

Il y jetait ainsi qu’en un lac son reflet,

Lueur mystérieuse et sacrée ; il semblait

Que sur la hache horrible, aux meurtres coutumière,

L’astre laissait tomber sa larme de lumière.

Son rayon, comme un dard qui heurte et rebondit,

Frappait le fer d’un choc lumineux ; on eût ditQu’on voyait rejaillir l’étoile de la hache.

Comme un charbon tombant qui d’un feu se détache ;

Il se répercutait dans ce miroir d’effroi ;

Sur la justice humaine et sur l’humaine loi

De l’éternité calme auguste éclaboussure.

» Est-ce au ciel que ce fer a fait une blessure ?

Pensai-je. Sur qui donc frappe l’homme hagard ?

Quel est donc ton mystère, ô glaive ? » Et mon regard

Errait, ne voyant plus rien qu’à travers un voile,

De la goutte de sang à la goutte d’étoile. |

Contextualisation

Né le 26 février 1802 et mort en 1885, Victor Hugo est non seulement l’un des plus grands écrivains qu’ai jamais connue la France mais aussi un homme politique engagé contre la peine de mort. L’opinion politique de ce grand poète romantique va donner naissance à de nombreux poèmes tel L'échafaud en 1856 dans lequel il se place en tant que spectateur d'une exécution. Le propos rend compte des pensées qui le traversent et donne à voir toute l'horreur que ce châtiment lui inspire.

Le Colisée, Abraham-Louis-Rodolphe Ducros (1748-1810), peintre vaudois né à Moudon

http://www.latinistes.ch/Textes-recreations/colisee.htm, consulté le 20 mai 2011

Commentaires sur les œuvres

Dans ce poème très bien construit de Victor Hugo, on retrouve une description de toutes les étapes de l’exécution. L’image est tellement forte qu’elle s’impose d’elle-même avec violence: l’échafaud.

Il attire la foule curieuse comme la gravité attire les planètes. C’est l’hôtel de la mort, la scène ou la grande faucheuse donne son spectacle morbide. Avant que le rideau de la nuit ne se ferme. Avant que la lune ne s’éteigne.

Le rituel s’achève et la populace suit le sillage tracé par la mort, accompagnant le condamné pendant que les astres nocturnes accentue toute l’horreur de la scène.

Analyse du poème 1

La forme

L’utilisation de l'alexandrin donne un aspect très sérieux au texte.

Poème composé de 54 alexandrins (l’alexandrin est le vers «favori» d'Hugo).

6 strophes de tailles différentes.

Les rimes sont embrassé; on retrouve des allitérations en (t) et des assonance en (ou),(oi),(o).

Qualité des rimes:

- Rimes riches. Ex: «mystique; antique».

- Rimes suffisantes. Ex: «insensé; passé».

- Rimes pauvres. Ex: «clarté; tranquillité».

Figure de style:

Comparaison: «comme la faux » (v.2)

Personnification: deuxième strophe: «la peine de mort était entrée en son palais» (v.12)

Périphrase et métonymie: «large acier»(v.3), «triangle mystique»(v.5), «fatal couperet» (v.7).

Antithèse entre le jour et la nuit, entre l'obscurité et la lumière:

Au début " jour ", " clarté ", " lueur "

Ensuite crépuscule apparaît

* 7eme strophe " firmament obscur " ; " obscurité " ; " noirceur…ténèbre " ; " sombre " ; " ombre " ; " ciel noir "

* dernière strophe " lumière " ; " larme de lumière " ; " choc lumineux " ; " l'étoile " ; " feu " ; " goutte d'étoile "

Le poète porte un regard obsessionnel sur l'échafaud au point de le voir dans la noir.

Fond

-on ne retrouve que trois évocations explicites de l'échafaud dans le texte. A travers une série d'image l'auteur nous montre progressivement l'aspect monstrueux de l'échafaud.

-Présence du champs lexicale de l’exécution capitale, récente et achevé: «(v.2) faux,(v.7) fatal, (v.7)triomphait, (v.9) tache...rouge».

Mais aussi du Champs lexicale du sang: «(v.9) " tache … rouge " ;(v.54)" sang " ; (v19)" empourprait ";(v.34) " rougeur de la tache " ;(v.49)" auguste éclaboussure " ; (v.59)"goutte de sang ". Ce lexique s'associe à celui de la mort, ils créent une ambiance pesante et angoissante.

-Victor Hugo porte un regard négatif sur la foule docile, il la qualifie d’insensée. Il utilise le terme ornière pour montrer que la foule est incapable de décision.

-La situation d'énonciation est particulière, car l'auteur est présent sur les lieu et assiste à l'action mais porte un jugement plus distant. Il montre aussi son implication en utilisant les termes :«(v.25,v.60) je pensais,(v.44) je songeais, (v.30) bloc hideux, (v.34) épouvantable, (v.42) hache horrible, (v.18) ornière »

- Présence d'un cadre temporelle: le poème débute le jour, s'achève en même temps que la journée et que la vie du condamné.

L'effroi et l'émotion de Victor Hugo sont notamment perceptibles dans cette strophe:

Le crépuscule vint, aux fantômes pareils.

Et j'étais toujours là, je regardais la hache,

La nuit, la ville immense et la petite tache.

L’antithèse de ce dernier vers permet de finir le poème en apothéose pour marquer les esprits. Elle traduit bien les sentiments de l'auteur:

... Et mon regard

Errait, ne voyant plus rien qu'à travers un voile,

De la goutte de sang à la goutte d'étoile.

«De la goutte de sang à la goutte d’étoile.» met en scène la dernière étape de l'exécution: le moment où le triangle d'acier ( la goutte d'étoile provenant de la guillotine: l'astre) s'abat sur le cou du condamné.

Le but de ce poème est donc de dénoncé la pratique barbare qu'est la peine de mort.

Albertus, CXII

Théophile Gautier

Squelettes conservés dans les amphithéâtres,

Animaux empaillés, monstres, foetus verdâtres,

Tout humides encore de leur bain d’alcool,

Culs-de-jatte, pieds-bots, montés sur des limaces,

Pendus tirant la langue et faisant des grimaces ;

Guillotinés blafards, un ruban rouge au col,

Soutenant d’une main leur tête chancelante ;

- Tous les suppliciés, foule morne et sanglante,

Parricides manchots couverts d’un voile noir,

Hérétiques vêtus de tuniques soufrées,

Roués meurtris et bleus, noyés aux chairs marbrées ;

- C’était épouvantable à voir !

Contextualisation

Né en 1811 et mort en 1872, Théophile Gauthier est poète, romancier, écrivain, peintre et critique d'art français. A la suite d'une rencontre avec le célèbre Victor Hugo en 1829, il décide d'en faire son « mentors ». A force de fréquenter celui-ci, il aura la chance de faire la connaissance de personne qui feront connaître ses œuvres dont Albertus en 1832

Pieter Brueghel l'Ancien - Le triomphe de la mort

http://www.pieter-bruegel.com/salles/death.htm, consulté le 20 mai 2011

Commentaires sur les œuvres

Le poème et le tableau nous renvoie à l’idée de l’hideuse visibilité de la mort et au supplice.

Il n’y a pas d’échappatoire car elle est en ou et autour de nous.

Nous n’y pouvons rien, tout a une fin. Heureux ou malheureux, grand ou petit, riche ou pauvre, nous sommes tous ses obligés. C’est notre destiné de condamnés.

La veuveJules Jouy |

La veuve, auprès d'une prison,

Dans un hangar sombre demeure.

Elle ne sort de sa maison

Que lorsqu'il faut qu'un bandit meurt.

Dans sa voiture de gala

Qu'accompagne la populace

Elle se rend, non loin de là,

Et, triste, descend sur la place.Avec des airs d'enterrement,

Qu'il gèle, qu'il vente ou qu'il pleuve,

Elle s'habille lentement,

La veuve.Les témoins, le prêtre et la loi

Voyez, tout est prêt pour la noce;

Chaque objet trouve son emploi:

Ce fourgon noir, c'est le carrosse.

Tous les accessoires y sont:

Les deux chevaux pour le voyage

Et le grand panier plein de son:

La corbeille de mariage.Alors, tendant ses longs bras roux,

Bichonnée, ayant fait peau neuve,

Elle attend son nouvel époux,

La veuve. | Voici venir le prétendu

Sous le porche de la Roquette[1].

Appelant le mâle attendu,

La veuve, à lui s'offre, coquette.

Tandis que la foule, autour d'eux[2],

Regarde frissonnante et pâle,

Dans un accouplement hideux,

L'homme crache son dernier râle.Car les amants, claquant du bec,

Tués dès la première épreuve,

Ne couchent qu'une fois avec

La veuve.Tranquille, sous l'œil du badaud,

Comme, en son boudoir, une fille[3],

La veuve se lave à grande eau,

Se dévêt et se démaquille.

Impassible, au milieu des cris,

Elle retourne dans son bouge,

De ses innombrables maris

Elle porte le deuil en rouge.Dans sa voiture se hissant,

Goule horrible que l'homme abreuve[4],

Elle rentre cuver son sang,

La veuve. |

Contextualisation

Né à Paris en 1855 et mort en 1897, Jules Jouy est un personnage issus d'un milieu très modeste. Motivé par la littérature il arrivera à s'y distingué grâce à ces thèmes de prédilection comme l'injustice et le macabre. Il en résultera la veuve en 1887 qui sera plus tard mis en chanson par Pierre Larrieu.

Jean Francois Millet La mort et le bûcheron 1870 - 1871

Commentaire sur les œuvres

La veuve vins chercher son amant idéal, le faucheur d’arbres, le solide colosse qui tranchait dans les chairs coriaces. Arraché à la vie comme un arbre qu’on écorche. Ainsi fini l’existence de celui qui abat la vie.

PendusFrançois Villon |

Frères humains, qui après nous vivez,

N'ayez les cœurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis[1].

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :

Quant à la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça[2]dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal personne ne s'en rie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons[3], pas n'en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice. Toutefois, vous savez

Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis[4].

Excusez-nous, puisque sommes transis,

Envers le fils de la Vierge Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l'infernale foudre.

Nous sommes morts, âme ne nous harie[5],

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

| La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés[6],

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie[7],

Garde qu’enfer n'ait de nous seigneurie :

A lui n'ayons que faire ne que soudre[8].

Hommes, ici n'a point de moquerie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! |

Contextualisation

Né en 1797 à Paris, Jules Lefèvre-Daumier est un poète extrêmement romantique contrairement à son père qui lui est opposé à cette doctrine. Ainsi par cette divergence de «point de vue» père et fils entretenaient des relations assez tendu. D’où l'apparition de l'une de ces première publication Le Parricide en 1819 contenant entre autre le poème l'exécution.

René Magritte la grande famille 1963 painting

Commentaire sur les œuvres

Il y a dans ce poème une certaine forme d’espoir, un appel à la l’humanité et à la clémence. C’est aussi une prière dans le noir qui tel un oiseau porte en lui l’espoir du Ciel immense.

Villon reconnaît ses fautes, il implore le pardon et demande l’absolution que seul le Dieu peut accorder.

Bal des pendus

Arthur Rimbaud |

Au gibet noir, manchot aimable,

Dansent, dansent les paladins,

Les maigres paladins du diable,

Les squelettes de Saladins.

Messire Belzébuth tire par la cravate

Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel,

Et, leur claquant au front un revers de savate,

Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël !

Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles

Comme des orgues noirs, les poitrines à jour

Que serraient autrefois les gentes damoiselles

Se heurtent longuement dans un hideux amour.

Hurrah ! les gais danseurs, qui n'avez plus de panse !

On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs !

Hop ! Qu’on ne sache plus si c'est bataille ou danse !

Belzébuth enragé racle ses violons !

Ô durs talons, jamais on n'use sa sandale !

Presque tous ont quitté la chemise de peau ;

Le reste est peu gênant et se voit sans scandale.

Sur les crânes, la neige applique un blanc chapeau :

Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées,

Un morceau de chair tremble à leur maigre menton :

On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées,

Des preux, raides, heurtant armures de carton.

| Hurrah ! la bise siffle au grand bal des squelettes !

Le gibet noir mugit comme un orgue de fer !

Les loups vont répondant des forêts violettes :

A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...

Holà, secouez-moi ces capitans funèbres

Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés

Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres :

Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés !

Oh ! voilà qu'au milieu de la danse macabre

Bondit dans le ciel rouge un grand squelette fou

Emporté par l'élan, comme un cheval se cabre :

Et, se sentant encore la corde raide au cou,

Crispe ses petits doigts sur son fémur qui craque

Avec des cris pareils à des ricanements,

Et, comme un baladin rentre dans la baraque,

Rebondit dans le bal au chant des ossements.

Au gibet noir, manchot aimable,

Dansent, dansent les paladins,

Les maigres paladins du diable,

Les squelettes de Saladins. |

Contextualisation

Né en 1854 et mort en 1891, Arthur Rimbaud est un poète ayant commencé la poésie très jeune, ces expériences peu communes se traduiront par des poèmes d'une grande originalité. Dans Le bal des pendus de 1871, il parvient à utiliser à son avantage l'humour tout en traitant d'un sujet des plus sérieux.

http://6artebo.blogspot.com/2010/11/friedrich-et-dubuffet-les-arbres.html, consulté le 20 mai

Commentaire sur les œuvres

Les courbes de cette toile se rattachent bien à la danse macabre qu'est le bal des pendus.

C’est arbre au corbeau, c’est celui qui tient la mort, c’est la vie qui accueille la mort pour lui redonner vie. La vie est plus forte que la mort car de la mort renaît la vie.

La ballade des pendus, c’est cet épouvantail qui ne fait plus peur aux oiseaux car ils savent ce que cache l’éventail.

Analyse du poème 2

Forme

Ce poème est composé de onze quatrains dont neuf sont en alexandrin et deux en octosyllabes (l'un débutant et achevant le poème).

Présence générale de rimes croisées. Celles-ci sont très riches: «macabre»-«cabre».

On y retrouve aussi certaines assonances en (ou), (on) et (en).

Figure de style:

Comparaison: (v.10) «Comme des orgues noirs » comparaison des pantin à des orgues noirs.

Anaphore de la première strophe et du mot dansent donnant le contexte festif du bal.

Il s'agit ici d'une recomposition de la ballade des pendus de François Villon qui est à la base une poésie lyrique que Rimbaud modifie à sa manière: la ballade se transforme en bal.

Fond

Dans ce poème, il inverse les rôles: ce ne sont plus les criminels qui sont pendus mais le défenseur de la justice qui sont devenu aussi maigre que des squelettes.

Le pendu a des sandales, la chaussure du riche ou celle du pèlerin, le diable ainsi que les pauvres n'ont que des savates.

Présence d'un cadre festif mais aussi macabre: bal, fête où le ciel qui est une représentation de paradis est en feu et où les défenseurs de la juste cause vont danser au bout du gibet.

Derrière ce poème de joie sarcastique Rimbaud recherche en quelque sorte à se venger de la justice et de ces représentants en les ridiculisant et les livrant au diable ( Rimbaud). La figure des juges est ici représentée par les oiseaux noirs.

Cette attitude témoigne d'une révolte contre un monde corrompu et injuste. Dans le poème il maltraite le pendus, les secoues à coup de savate. Cette attitude que l'on retrouve dans cette volonté de secoué et de perturbé l'ordre le met en complicité avec le criminel qu'était Villon.

Il met en scène des personnages qui se lient à ceux de Victor Hugo comme les misérables ou Quasimodo pour donner un certain charisme à son poème.

Dans ce poème il nous brocarde sans ménagement la justice mais aussi toute la bourgeoisie de province racornie. La caricature avec les palatins est assez audacieuse.

Bibliographie

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LEFEVRE ( J.), Le Parricide: Poèmes suivi d'autre poésies, Paris, Imprimerie De Rignoux, 1823, pp 68-70.

MARCEL (H.),LES GRANDS ARTISTES LEUR VIE-LEUR OEVRE: J.F MILLET, Paris, Éditeur Henri Laurens, 1997, pp 33.

PICON(J.) et VIOLANTE(I.), Victor Hugo contre la peine de mort, avant-propos de , Paris, éditions Textuel, 2001.

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RIMBAUD (A.), Les poèmes de Rimbaud, Tournai, Renaissance du livre, 2001, pp 13-14.

ROBINE(M), Anthologie de la chanson française – La tradition, Éditions Albin Michel, Paris, 1994.

SOUVERYNS (P.), HEINS (P.), [Re]lire Magritte: 7 clefs pour comprendre une œuvre d'art, Paris, Edition De Boek, 2009, pp51-60.

TORCZYNER (H.), Le véritable art de peindre, Paris, Edition Draeger, 1978, pp 85.

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[ 2 ]. 1. Les exécutions capitales avaient lieu à Paris devant la prison de la Roquette.

1. Les exécutions capitales étaient publiques.

2. A l'époque fille signifiait prostituée.

3. Les gouls sont des monstres fabuleux dévoreurs de cadavres.

[ 3 ]. [1] Mercis = pardonnés

[2] piéça = depuis longtemps

[3] Se frère vous clamons = si, frère, nous vous appelons

[4] rassis = posé, modéré

[5] Ame ne nous harie : que personne ne nous tourmente

[6] Cavés = creusés

[7] Qui sur tous à maistries = qui sur tous à autorité

[8] A lui n'ayons que faire ne que soudre = que nous n'ayons rien à faire avec l'enfer, ni rien à lui payer