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Baudelaire - La Mort Des Artistes

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Catégorie: Sciences Economiques et Sociales

Soumis par: Lisle 28 mai 2012

Mots: 1224 | Pages: 5

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condition des artistes est sombre, d’où une forte tonalité pathétique. Et enfin, nous étudierons l’ambigüité de ce poème tant par l’objet poursuivi que par l’espoir représenté par la mort.

L’artiste travaille sans cesse « combien faut-il de fois » vers 1 et n’est jamais satisfait du résultat. On verra que l’expression « Morne caricature » peut désigner une copie médiocre de la beauté idéale. C’est ainsi qu’au vers 6, l’artiste recommence sans cesse son travail : « nous démolirons maintes lourdes armatures ». Il le détruit plusieurs fois car il n’est pas satisfait. C’est une recherche du dépassement de soi.

Dans le premier quatrain, on passe de la métaphore du poète bouffon, à la métaphore du poète lance javelots, ce qui introduit la notion de hasard : touche la cible n’est pas simplement une question d’adresse, c’est aussi une question de chance. Les efforts de l’artiste ne peuvent être vains (ce qui compte être le cas dans le premier tercet). La technicité ainsi que la chance, permettent de piéger la beauté. Cet effort intellectuel est exprimé au vers 5 par « subtile complot ».

Bien que Baudelaire soit un poète, il utilise l’image du sculpteur, « maintes lourdes armatures » au vers 6 évoque son travail puisqu’il se bat contre la matière. Le poète cherche à montrer comment cet artiste, plus que les autres, va extraire d’un bloc inerte, une idée. Cela illustre donc la caractéristique suivante : il travaille la matière mais le but de sa matière est l’idéal. Ce paradoxe nous permet de comprendre que l’artiste sera en perpétuelle recherche. L’objet matériel ne donnera jamais qu’une idée imparfaite de la beauté superficielle

On est frappé d’emblée par la ponctuation très particulière de ce poème. Elle est fortement expressive : vers 2 et 4 (interrogations : vers 8,9 et 12 ; exclamation vers 14). L’anaphore de l’adverbe interrogatif « combien » traduit une incertitude douloureuse. Baudelaire s’exprime à travers ce poème grâce au possessif « mes » et montre comment il est contraint à des actions répétitives « agiter mes grelots » et « lancé de javelots ». L’artiste travaille sans savoir s’il pourra atteindre son but.

La condition de l’artiste est, semble-t-il, une condition humiliante : le poète se plaint d’agiter ses grelots car il est contraint pour vivre d’amuser le bourgeois. C’est en ce sens que l’artiste produit une « morne caricature », une piètre réalisation.

Ce dernier peut cependant abandonner sa condition. Il sent en lui « une profonde affinité avec cette grande créature » qu’il ne peut renoncer à abandonner cette recherche. Baudelaire passe du « je » au « nous » ce qui montre que tout atriste est déterminé à poursuivre sa quête. On peut interpréter en ce sens le deux futurs de l’Indicatif « nous userons » et « nous démolirons ». La possibilité d’abandonner la quête n’est donc jamais envisagée. Les artistes sont tourmentés par « l’infernal désir » , c’est-à-dire le terrible objectif qui ne leur laisse pas de repos. Cette interprétation est renforcée par les « sanglots » du même vers qui soulignent la condition malheureuse des intéressées. Au vers 10, les participes passés « damnés » et « marqués » donnent une impression de passivité malheureuse.

L’activité particulière de l’artiste apparaît enfin non pas tant sur une matière extérieure que sur lui-même »nous userons notre âme » vers 11 « se martelant la poitrine et le front ». Ces deux parties anatomiques sont respectivement le lieu du cœur, du sentiment et de l’affectivité, et le lieu de l’activité intellectuelle. Ainsi, l’échec engage tout l’être. On note au vers 11 une allitération en –r- : « martelant », « poitrine », « front ».

L’objet recherché est désigné de façon vague : « le but », « mystique nature », la grande créature est Idole. L’expression « idole » renvoie au vocabulaire Platonicien : Idolons en grec, c’est la beauté parfaite qui n’existe que dans le monde des idées. L’expression « mystique nature » exprime que la beauté se trouve au-delà du monde. Si l’objet était clairement identifié, il ne serait pas difficile à saisir. On est proche de la conception Parnassienne du beau. Pour les Parnassiens, le beau est intemporel, impersonnel, on ne l’atteint que par le travail.

Pour ces artistes, la mort apparaît paradoxalement comme une force positive. Elle seule se révèle apte à combler les aspirations des artistes. Les fleurs du cerveau caractérisent certainement les fleurs du caveau. On constate que l’être même de l’artiste remplace la matière. On remarque l’oxymore « étrange et sombre capitole ». Le capitole évoque le triomphe des vainqueurs et par conséquent, devrait être lumineux.

Il est possible d’observer le champ lexical de l’enfer : vers 2 « morne caricature » (le diable peut être la caricature de Dieu), vers 8 « infernal », vers 10 « damné », « grande créature » (toute créature de l’enfer), vers 12 « sombre » (adjectif moral), et si on pense au titre Les Fleurs du Mal, le beau et le bien sont remis en cause et laissent à penser l’intérêt de Baudelaire pour le démoniaque.

Pour conclure, Baudelaire exprime les turpitudes de l’artiste et l’effort incroyable qu’il doit fournir pour accéder à l’idéal. Le paradoxe qui se pose vient de la perception que les artistes ont de la mort. Celle-ci est remise en cause puisqu’elle suscite de l’incertitude.