Voir la version complète Commentaire Sur Le Personnage De Dom Juan De Molière

Commentaire Sur Le Personnage De Dom Juan De Molière

Imprimer Document!
S'inscrire - Rechercher de 155.000+ Dissertations

Catégorie: Histoire et Géographie

Soumis par: Russell 19 décembre 2011

Mots: 2354 | Pages: 10

...

, athée de surcroît, est puni et le Ciel s’est vengé de son insolence. Mais la religion n’est pas sauve : l’athée ne se convertit pas et ne reconnaît ni la toute-puissance de Dieu et ni celle de la religion chrétienne. Sa mort n’est pas un renoncement au défi qu’il a lancé à la transcendance. Les représentations sont d’abord tolérées, mais la pièce disparaît de l’affiche après la clôture annuelle de Pâques 1665 : il n’y a pas eu d’interdiction formelle, mais des pressions discrètes qui font comprendre à Molière de ne pas les reprendre. Dom Juan n’a jamais été rejoué, même en privé.

b) De qui Molière s’est-il inspiré pour faire ce personnage

Molière n’a pas inventé le personnage de Dom Juan ; pour le créer, il s’est inspiré de textes qui présentaient déjà ce type de héros.

* En Espagne

Tirso de Molina, moine espagnol, écrit en 1620 une pièce en trois actes Le Trompeur de Séville et le convive de pierre. Elle est éditée en1630. Dom Juan Tenorio y est un séducteur sans scrupules qui n’hésite pas à se faire passer pour un autre la nuit auprès des dames, à promettre le mariage ; il sépare les couples qui le croisent. L’épisode de la statue du Commandeur que Dom Juan a tué est le même que chez Molière, sauf que le Commandeur est le père d’une fille séduite.

* En Italie

Le théâtre italien s’empare du thème et la commedia dell’ Arte s’en inspire dès 1630. Le rôle du valet, en l’occurrence Arlequin y est privilégié, ainsi que les bouffonneries ; il est fait mention du catalogue des conquêtes amoureuses de Dom Juan et, à la fin, le valet s’écrie : «Mes gages ! Mes gages !».

* En France

En 1659, Dorimond publie une tragi-comédie en cinq actes, Le Festin de Pierre ou le Fils criminel ; de nouveaux éléments voient le jour : le comportement de mauvais fils de Dom Juan face à son père et le thème du déguisement. En 1660, Villiers écrit lui aussi une tragi-comédie en cinq actes avec exactement le même titre ; il ajoute la scène où Dom Juan courtise deux paysannes à la fois. Tous les deux ont appelé le commandeur du nom de Pierre. Le personnage de Dom Juan est alors constitué : grand seigneur débauché, renié par son père, c’est une sorte d’aventurier qui commet des crimes pour les femmes. Sur le plan de l’action, c’est surtout un obstacle au bonheur des amoureux. Quand il meurt, les mariages peuvent enfin avoir lieu. Molière va profondément modifier le personnage et sa fonction dramatique. Il fait de son héros un libertin. Que faut-il entendre par là ? Selon Littré, c’est : Celui qui ne s’assujettit ni aux croyances ni aux pratiques de la religion» (un athée). Il s’ensuit qu’il est «déréglé par rapport à la moralité entre les deux sexes». Sur le plan dramatique, Dom Juan n’est pas un simple obstacle ; c’est lui le héros et il forme avec son éternel valet un couple original.

II. Portrait de Dom Juan

Bien qu’il ait un nom espagnol, Don Juan, chez Molière, est un noble français. C’est un grand seigneur libertin qui appartient à cette noblesse du XVIIe siècle, privée par le roi Louis XIV de toute possibilité d’action et réduite à l’oisiveté. Il dépend ainsi entièrement de la fortune de son père, et lorsque ses revenus ne lui suffisent pas, il emprunte à la bourgeoisie, pour tenir son rang et assurer son train de vie. Il a d’ailleurs l’allure, le comportement et le courage du noble dont il a également gardé un certain sens de l’honneur. On peut le considérer à trois niveaux, dans ses rapports avec l’amour, la société et la religion.

a) Le séducteur

C’est la première facette du personnage de Don Juan, à laquelle se rattachent la plupart des motifs folkloriques auxquels on le réduit parfois (le catalogue, la religieuse séduite, etc.) On pourrait croire qu’il recherche essentiellement la satisfaction des sens, mais quand il parle de ses conquêtes (I, 2) cet aspect des choses n’est jamais envisagé. Il semble que ce qui l’intéresse soit la conquête pour la conquête. Les femmes sont d’ailleurs considérées comme des objets (cf. les dents de Charlotte, II, 2). Mais Don Juan apparaît aussi comme un esthète (sensible aux caractères du beau dans l'art et la nature). Dans sa déclaration d’intention (I, 2), c’est le thème de la beauté qui revient le plus souvent. Il semble alors aussi séduit que séducteur. De même (III, 5) il n’hésite pas à faire un détour pour admirer la beauté du tombeau du Commandeur. La séduction telle que la pratique Don Juan est aussi une fuite en avant : en renouvelant sans cesse une expérience identique, il tente d’échapper au temps qui passe. Ainsi il vit dans un présent éternel. Il ne doit donc jamais se laisser lier, être toujours disponible. Il apparaît insatiable, voire mégalomane (I, 2). Il envisage la séduction comme un combat (le champ lexical de sa première tirade). Ses armes sont diverses : la flatterie, l’appel à la pitié, la promesse de mariage, le vêtement, l’enlèvement. Mais surtout il donne à chaque personne ce qu’elle désire: à Charlotte il parle de promotion sociale, aux frères d’Elvire d’honneur, etc... Il sait aussi jouer des contradictions qui habitent chaque individu (il parle religion à Elvire quand elle le poursuit d’amour, et d’amour quand elle lui parle religion ; il oppose la foi du Pauvre et ses besoins vitaux → le louis d’or, etc.)

b) Le révolté

Don Juan paraît rejeter les règles de la vie sociale : il refuse la famille, ridiculise le mariage. Il affirme sa liberté et ne veut obéir qu’à son désir et à la nature. Il semble par ailleurs ne pas tenir compte des classes sociales, et accepte de parler avec un marchand, son valet, voire un pauvre. La réalité est plus nuancée. S’il ne respecte guère les valeurs sociales les mieux établies, il montre par contre le plus grand souci des apparences quand elles le servent, c’est-à-dire tout le temps : c’est ainsi qu’il flatte Charlotte et Monsieur Dimanche. Il va même jusqu’à la compromission, « faisant l’hypocrite » (V, 1-3), ce qui constitue en même temps une méthode de conquête et la reconnaissance de l’échec de son défi à la société. Par ailleurs il est très attaché aux privilèges de la noblesse et sait en jouer: en effet il sait que, quoiqu’il fasse, il aura le dessus et qu’il est impossible que le pouvoir civil le punisse. Mais cette adhésion n’est pas seulement superficielle : c’est l’honneur chevaleresque qui le pousse à courir au secours de Don Carlos attaqué par trois brigands (III, 2).

c) Le libertin

Don Juan apparaît comme un matérialiste et un rationaliste (« deux et deux sont quatre » III, 1 ; le refus du surnaturel, permanent de I, 2 jusqu’à la fin). Cependant Don Juan n’est peut-être pas athée ; il a engagé un combat contre Dieu parce que ce dernier représente une limite à sa liberté et à sa volonté de puissance (I, 2). Il mise sur l’impuissance divine (« le ciel n’est pas si exact que tu penses » V, 4) et défie Dieu en permanence, par ses paroles et ses actions (ainsi il a soin non seulement de séduire de nombreuses femmes, mais d’aggraver l’aspect répréhensible de ses actes en y mêlant le sacrilège (Elvire est arrachée à un couvent, Charlotte est fiancée). Son hypocrisie elle-même est un défi, puisqu’il demande à la religion de couvrir les crimes qu’il commet contre le Ciel. Plus on approche de la fin et plus l’affrontement direct devient inéluctable. Don Juan saura aller jusqu’au bout sans reculer.

Finalement on ne sait quoi penser de Don Juan. Il apparaît vil, méchant, mauvais, hypocrite. Et dans le même temps il n’est pas dénué, dans son défi, son refus et sa quête incessants, d’une certaine grandeur.

III. Deux grandes adaptations du personnage & ses acteurs

a) Dom Juan ou le Festin de pierre de Marcel Bluwal.

C’est un téléfilm français de 1965 avec Michel Piccoli en Dom Juan et Claude Brasseur en Sganarelle. Marcel Bluwal n’insiste ni sur le coté séducteur de Dom Juan, ni sur l’athée, le noble décadent et blasé, ni sur le scélérat qui se moque de tout et de tous et qui fait le mal pour passer le temps : il montre un homme face a l’échéance de sa propre mort, mort programmée et choisie. Dom Juan, botté et habillé de cuir, chevauche, errant au milieu de décors grandioses. Le contraste avec Sganarelle y devient alors plus flagrant : celui-ci monte sur un mulet. De plus Dom Juan poursuit un rêve de grandeur qui contraste aussi avec le pragmatisme naïf, le prosaïsme et l’esprit terre à terre de son valet. On trouve alors un personnage avec beaucoup plus de grandeur que son successeur dans le Dom Juan de Jacques Weber.

b) Dom Juan de Jacques Weber

C’est un film français (1998) avec Jacques Weber dans le rôle de Dom juan et Michel Boujenah en Sganarelle. Dans cette adaptation, Dom Juan est vieilli, il est usé par ses courses amoureuses, rongé par une maladie de cœur : " ce feu " qui lui dévore les bronches et étouffe finalement son souffle vital. Mais Don juan impressionne toujours : ses vêtements négligés laissent apparaître un corps beau encore, quoique alourdi par les plaisirs. Sa nudité (dans la scène qui l'oppose à son père) revêt une terrible puissance même si le libertin est fatigué : " J'enrage de voir des pères qui vivent aussi longtemps que leurs fils ". Acte IV, scène. V. Comme la vie de Don Juan, son château est en ruine. C'est un désert de pierres exposé aux meurtrissures du soleil. Ni foyer, ni palais : c'est un repère incertain ; tout l'opposé de la luxuriante demeure du père : le couple y est entouré d'amis et de puissants soutiens. Mais Don Juan préfère la voie aride du désir insatiable, c'est un solitaire. Le Don Juan de Jacques Weber est très manifestement " ce grand Seigneur méchant homme " que décrit Sganarelle. Il incarne la race de seigneurs ; mieux nourri dans l'enfance, préservé des travaux qui tassent prématurément le corps, et aguerri très tôt aux joutes d'escrime, l'aristocrate promène partout une invincible assurance. Et la scène du Bal dans le village de pêcheurs est d'une rare violence. Sans aucun ménagement pour l'homme qui l'a sauvé de la noyade, Don Juan, non seulement séduit la fiancée de Pierrot, mais le gifle par deux fois sans que l'autre (tétanisé par les conventions comme par la stature effective du maître) ne puisse répondre autrement que par une indignation larmoyante : " Ce n'est pas bien de battre les gens " Acte II, sc.III. Mais l'honneur est le ressort des sociétés aristocratiques, (ce que Montesquieu théorise un peu plus tard dans L'Esprit de lois (Livre III, Chap. VII). Or si Don Juan est assez soucieux de son honneur pour ne pas accepter qu'on parle en mal de sa personne devant lui («Il est un peu de mes amis, et ce serait à moi une espèce de lâcheté, que d'en ouïr dire du mal ", Acte III, sc. III.), il maltraite allégrement l'honneur de ses pairs, faisant fi de toutes les conventions qui s'opposent à la satisfaction de ses désirs : " Filles séduites, familles déshonorées, parents outragés... ", Acte V, sc.VI. Don Juan, fatigué, est alors tenté par une grimace nouvelle : celle du Tartuffe. Pour " mettre en sécurité ses affaires ", il se " fera un manteau de la religion " et on le voit s'amender en public. Mais l'adaptation de Jacques Weber épargne à Don Juan de renier plus longtemps sa figure de séducteur. La scène III de l'acte V est supprimée pour laisser place au face à face entre l'homme et la mort.

De nos jours, Dom Juan est devenu un adjectif désignant un homme qui séduit de nombreuse femme. Cela est devenu un terme péjoratif suite à la pièce de théâtre de Molière.