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La Poésie Nous Éloigne t'Elle Du Réel?

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Catégorie: Religion et Spiritualité

Soumis par: Jessamine 19 mars 2012

Mots: 1913 | Pages: 8

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en voyageant, vers d’autres amours, vers une meilleure condition. Victor Hugo, dans « Rêverie », « seul [il] rêve à la fenêtre [de] quelque ville mauresque inouïe ». De même, Baudelaire voit se dérouler « des rivages heureux », « une île paresseuse », « de charmants climats », « un port »… dans « Parfum Exotique ». Il définit donc immédiatement le paysage marin comme un paradis. Et plus encore, le poète romantique se prend a rêver, avec sa bien-aimée, « d’aller là-bas vivre ensemble » là où « tout n’est qu’ordre et beauté, luxe et volupté » dans « L’invitation au voyage ». De plus l’idéal est exprimé par l’ « Elévation » de l’homme comme l’a écrit Charles Baudelaire « Mon esprit […] envole toi bien loin de ces miasmes morbides » ; ce qui va amener le poète à créer un autre univers.

Le rêve et l’envie d’évasion sont tellement puissants que le poète parvient à créer un monde particulier. Ainsi Victor Hugo, « Le poète en des jours impies Vint préparer des jours meilleurs. Il est l’Homme des utopies, Les pieds ici, les yeux ailleurs. » (Vers 1-2-3-4) dans « Les rayons et les ombres », définit un endroit idéal. Ce monde irréel, construit dans un décor artificiel, est décrit grâce à de nombreux procédés très courants dans la poésie, comme dans Les Fleurs du mal, la métaphore filée de « l’Albatros » où le poète est comparé à un oiseau, ou encore comme la périphrase « le prince des nuées » (vers 13) qui qualifie le poète, ou comme l’exagération « ses ailes de géant » (vers16). La poésie est donc la transformation du langage ordinaire en cherchant à tirer partie de toutes les ressources de la langue : lexicales, syntaxiques, sonores (allitérations, assonance) et rythmiques. En effet, lorsqu’on étudie l’étymologie du mot « poésie », on se rend compte qu’il signifie «création » : ce qui pourrait amener l’écrivain à choisir la poésie pour créer un monde nouveau dont le lecteur se sentirait proche.

La poésie peut aussi nous rapprocher de la réalité, tout en décrivant la laideur ainsi que la beauté du monde, la poésie peut devenir lyrique lorsqu’elle exprime des sentiments réels et devenir engagée à partir du dix-neuvième siècle.

Le poète décrit la laideur et la beauté du monde par différents moyens. Une description possède divers degrés de subjectivité ou d’objectivité. Francis Ponge choisit d’écrire un poème en prose, impersonnel et principalement objectif, qui décrit une huître, ce qui amène à une vision très réelle de cet animal « de la grosseur d’un galet moyen, […] d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre ». Néanmoins, le poète prend quelque peu parti en anoblissant ou non l’huître, « un sachet visqueux et verdâtre », dans ce poème appelé « L’huître ». A visée beaucoup plus personnelle, « Spleen » de Charles Baudelaire est un tableau de la naissance de l’état du spleen qui décrit la mort de l’esprit, soit la laideur du monde : «Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l’esprit gémissant en proie aux long ennuis ». Partiellement, dans de nombreux poèmes, les éléments de la réalité sont aussi traités pour des analogies avec l’état du poète, comme l’a fait Paul Verlaine dans « Chanson d’automne » où il personnifie l’automne, saison de l’agonie, afin de se comparer à une feuille morte. Dans la description, le contact avec la réalité doit tout de même rester présent.

La poésie prend alors une forme lyrique lorsqu’il s’agit d’un texte reposant essentiellement sur l’expression des sentiments réels, où la présence de l’auteur est très forte ainsi que la marque de subjectivité très présente. Les thèmes varient de l’amour à la mort, de la joie à la douleur. La poésie lyrique dérive de la musique. C’est alors que Victor Hugo raconte le bonheur d’une rencontre amoureuse éphémère dans « les Contemplations », poème lyrique de l’amour : « Elle me regarda de ce regard suprême Qui reste à la beauté quand nous en triomphons ». Contrairement à cet écrivain, Baudelaire exprime, lui, généralement des sentiments malheureux. Plus particulièrement, les thèmes dominants du lyrisme Baudelairien traitent du temps qui passe, du temps qu’il fait ainsi que de la solitude et de l’incompréhension de la société soit le Spleen. Cela n’est pas surprenant, étant donné qu’au dix-neuvième siècle, en France, le poète devient solitaire, un exilé, un homme qui vit hors du monde, dans la pauvreté: c'est le poète maudit. En dépit de cette position, le poète est tout de même confronté à la société.

La poésie est une activité qui s’intéresse à tout, à l’homme et à son environnement. Le poète joue le rôle d'un observateur mais également d’un artiste engagé. En effet, le poète dénonce aussi des problèmes politiques en s’engageant dans la vie publique. En réalité, le poète n’est pas toujours cet esthète refermé sur lui-même, détaché des autres : il a conscience des imperfections du monde, et il les aborde dans ses œuvres. A la fois observateur et juge, il peut avoir recours à différents moyens : La prière, les procédés oratoires ainsi que susciter une émotion. Jacques Prévert dénonce une réalité sociale quotidienne à l’aide de la prière, afin de susciter une prise de conscience de la part du monde autour d’un sans-abri, dans « La grasse matinée ». Il entre dans la conscience d’un pauvre et l’explique : « il grince des dents doucement car le monde se paye sa tête […] cela fait trois jours qu’il n’a pas mangé ». Plus engagé politiquement- notamment au Sénat- Victor Hugo exprime toute sa déception devant le virage autoritaire et dictatorial de Napoléon III dans son poème « Lux ». Le poète peut donc prendre le statut de guide social, de porte parole mais aussi d’interprète, comme il l’écrit dans « Fonction du poète » : « Peuples ! Écoutez le poète ! Ecoutez le rêveur sacré ». Le genre littéraire poétique devient alors un outil de persuasion, et permet à la société une meilleure compréhension du monde qui les entoure.

Le Poète transfigure ainsi la réalité, il dévoile une réalité plus profonde et exploite la réalité des mots.

Les poètes transfigurent la réalité pour mieux la dévoiler. C’est là la magie de la poésie, elle métamorphose la réalité pour mieux nous en faire comprendre les mystères et les sens. Elle devient une nécessité vitale, elle doit donc s’incarner dans la réalité en même temps que la tordre. Elle doit rechercher la vérité profonde dans les mots de tous les jours et leur donner une existence poétique en les transformant en chant. A l’aide d’images, soit comparaisons, métaphores.., le poète fait découvrir les liens secrets qui existent entre tous les éléments de la réalité .Par exemple dans « L’Albatros » de Charles Baudelaire, le talent du poète incompris par la société est comparé à « ses ailes de géant [qui] l’empêchent de marcher » ou encore « le rossignol de la boue » qui est une antithèse représentant le poète dans «le Crapaud » de Tristan Corbière. De plus la peinture intime du poète permet au lecteur de s’identifier à lui et de comprendre ses plus grands soucis ou ses plus fortes émotions. Ainsi, le poète nous révèle à nous-mêmes. La déformation de la réalité passe également par l’exagération, l’idéalisation de l’objet aimé. Le sentiment exacerbé de la passion amoureuse, par exemple, exprime l’attachement voué à une personne, un idéal : les poètes ne cherchent pas à nous convaincre mais bien à nous laisser entrevoir ce qu’ils ressentent : une passion qui leur est propre. Ils creusent chaque fait pouvant survenir dans notre vie. C’est ainsi que par cette transformation de la réalité, la poésie fait mieux comprendre cette réalité.

La réalité des mots est également déformée. « Il traduit en langue nette nos infinitésimaux » dit Jules Supervielle dans « Poème de l’humour triste ». Le poète arrive à expliquer ce qu’il y a de plus profond, ce qu’il y a de plus compliqué. Le langage est son instrument, il joue avec celui-ci. Par conséquent, il donne vie aux mots, « Sans le poète Lombric et l’air qu’il lui apporte le monde étoufferait sous les paroles mortes » (de Jacques Roubaud dans « Le lombric »). De plus, Victor Hugo dit « Lui seul distingue en leurs flancs sombres Le germe qui n’est pas clos » dans « Fonction du poète ». Sous leur plume, les mots exaltent le monde, chantent, nous révèlent des délices insoupçonnés. Ils s’associent, ils sonnent, ils rythment les vers, ils jouent sur les sens. Ecrits dans un autre contexte, séparément, ils seraient d’une banalité affligeante..là ils nous dévoilent une autre approche de la vérité, toujours compréhensible.

Les poètes sont bien ces écrivains qui renouvellent notre regard du monde, et qui par là nous font évoluer, jusqu’à éduquer notre sensibilité. Certains ne peuvent se contenter de ce monde connu, et de ses limites étroites, alors ils nous entraînent dans des voyages extraordinaires, oniriques, utopistes .Tous cependant, par cette appréhension subjective, inventent un langage propre à rendre compte de ces expériences ; c’est ainsi que leurs œuvres ont dépassé les siècles. Mais la poésie est bien plus, elle ne se cantonne pas à l’expression des sentiments, elle réside bien dans ce passage du langage ordinaire à la musique, elle est fondamentalement cette »sorcellerie évocatoire » que Baudelaire appelait de tous ses vœux.