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Poésie , Quête De Sens

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Catégorie: Littérature

Soumis par: Russell 01 novembre 2011

Mots: 1798 | Pages: 8

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avec les mots-valises (ex: proèmes, objeu, objoie). L'exploration est graphique et sémantique (ex : dans Ponge, "La Cruche", la voyelle u prend déjà la forme de la cruche). Cette conception est différente de celle de Saussure : il n'y a pas de rapport entre signifiant et signifié.

CONCLUSION DE L'ANALYSE :

Jean-Pierre Richard définit le poème comme une forme qui ouvre sur un sens toujours à construire. Le poète part à la quête du sens. Il remotive le langage, et modifie la connotation des mots.

PROBLEMATIQUE :

La question porte sur la capacité de la poésie à délivrer un sens.

* Opinion générale : La poésie sollicite les potentialités suggestives du langage pour évoquer une vérité supérieure, d'ordre spirituelle ou esthétique. Est-ce que la signification ultime du poème consiste à montrer que le sens est introuvable ?

* Pour Jean-Pierre Richard, la poésie ouvre sur une signification jamais assurée d'elle-même. Ainsi s'esquisse une relation entre le texte et le sens. Le rôle de poésie consiste-il à éclairer la difficulté qu'il y a à proposer une interprétation du monde ?

PREMIER PLAN PROPOSE :

I. L'exploration des potentialités du signe verbal comme préliminaire à la quête du sens :

1°) La remise en question de l'arbitraire du signe :

(= interrogation sur la distance qui sépare les trois composantes du signe)

- Etablir une relation entre signifié et signifiant : l'harmonie imitative, les réseaux sonores.

- Etablir une relation entre signifiant et référent : le calligramme.

- Etablir une relation entre signifié et référent : la métaphore, la polysémie, la construction d'un texte.

2°) La remotivation (ou resémantarisation) d'un langage usé, érodé :

- La reprise avec variante de lieux communs surréalistes

- La mise à nu des connotations d'un mot : "nègre" chez Césaire.

II. Les trajectoires envisagées pour aboutir à cette quête du sens :

1°) La saisie des correspondances entre l'univers visible et l'univers invisible :

= instauration du rapport inédit entre les mots (la synesthésie) et les choses (signes d'une transcendance, d'une présence du sacré).

2°) La refondation du langage :

Le poète invente des mots susceptibles de désigner l'inconnu, l'inédit (néologismes). Il rénove la langue en réactualisant l'étymologie, les significations archaïques.

3°) La sollicitation des rencontres sémantiques :

= harmonies sémantiques libérées par la musicalité du langage, combinaisons sonores et rythmiques, associations de mots. Ex : Les Djinn de Victor Hugo.

III. La spécularité de l'écriture poétique vers l'élaboration d'un nouveau référent :

1°) Les difficultés d'une saisie du monde :

= les pièges de la parole, les connotations que véhicule un mot en dépit de l'intention première de l'auteur.

2°) Les références explicites à la création poétique :

= mise en scène du parcours créatif

Ex : Ponge, "la crevette" dans tous ses états.

3°) La création littéraire, objet implicite ou oblique du discours poétique :

= métaphore du processus poétique

Ex : "Les Pas" de Paul Valéry.

DEUXIEME PLAN PROPOSE :

PREAMBULE :

Le poète explore le potentiel évocatoire du langage afin de suggérer l'absolu, l'ineffable.

INSERTION DE LA CITATION :

Or, dans ses Onze études sur la vie moderne, Jean-Pierre Richard remet en question la capacité du langage à saisir le sens : "...".

ANALYSE DU SUJET :

Pour le critique, le sens n'est jamais éclairé de manière temporelle, à la faveur d'un jeu. Il résulte d'une perpétuelle recherche de la relation impossible à fixer entre les mots et les choses. Ainsi, le mot sens est également pris dans son acception de direction. Le poème est défini comme une forme, qui ouvre sur un sens toujours à construire, à la faveur d'une multiplication de rapports entre le signifié, le signifiant, et le référent.

PROBLEMATIQUE :

Cette affirmation nous engage à examiner la capacité de la poésie à délivrer un sens. La nature profonde du poème consiste-elle à montrer que le sens est introuvable, ou qu'il n'est pas possible de le fixer ?

ANNONCE DU PLAN :

Depuis la fin du XIXème siècle, la poésie ne cesse de réfléchir à sa propre possibilité en jouant sur le pouvoir symbolique du langage. En outre, par nature, elle ne cesse de remonter à la source, d'éclairer le mystère d'une réalité invisible. Aussi tenterons-nous de revenir avec Jean-Pierre Richard sur cette vocation ontologique attribuée à la poésie.

I. UNE DEFINITION DE LA POESIE, CENTREE SUR LE JEU, AU SENS MECANIQUE DU TERME, ENTRE LE MOT ET LA CHOSE :

1°) LA POESIE S'ALIMENTE DE LA QUETE INCESSANTE DE L'UNITE FORME-FOND :

Le symbole est au coeur de l'écriture poétique. Il sert à établir un lien, une unité. La poésie lie, alors que tout délie. Par exemple, Baudelaire donne corps à des correspondances qui tentent de renouer avec l'unité perdue. Ce jeu vise un idal qui existe en soi. A ce sujet, Mallarmé dit cette citation célèbre : "Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve.". Vérarène affirme lui : "Le symbole est un sublimé de perceptions et de sensations ; il n'est point démonstratif, mais suggestif ; il ruine toutes contingences, tous faits, tous détails".

En conséquence, la poésie tend à l'abstraction et au mystère. L'oeuvre rompt avec un certain lectorat.

2°) LA POESIE MODERNE COMME EXPRESSION D'UNE REFLEXION SUR LA RELATION A NOUER ENTRE L'ESTHETIQUE ET LA REALITE :

André Breton, dans ses textes poétiques et son manifeste du surréalisme, réhabilite l'imagination, instrument de liberté, qui rend visible les richesses inexploitées de l'inconscient. La liberté utilise toutes les potentialités de l'image (métaphores) : il s'agit, grâce à l'image, de réconcilier l'homme avec sa part obscure, censurée par la morale sociale.

3°) L'ABOUTISSEMENT DE CETTE QUETE D'UNITE : LE POEME OBJET

Lorsque le signifié et le signifiant échangent leur statut réciproque, on aboutit à des expérimentations (calligrammes d'Apollinaire ; objets, écriture mimétique de Ponge, avec "La Gare" et et l'image des rails). La poésie joue sur sa propre capacité à représenter les choses.

III. VERS UNE DEFINITION DU LIEU POETIQUE : OU SE TROUVE LE SENS A SUGGERER?

1°) LE SENS EXISTE NON DANS LE REEL, MAIS DANS UN SYSTEME COHERENT, DEFINI PAR LA LITTERATURE :

Les poètes classiques et ceux de la Renaissance ont voulu identifier la raison et la beauté, la beauté et le sens. Ils ont constitué le poète comme un médium entre la chose et le mot. Les poètes du Parnasse poursuivent le même effort. Théophile Gautier affirme : "Une belle forme est une belle idée, car que serait-ce qu'une forme qui n'exprimerait rien ?". La réussite esthétique est elle-même signe de l'aboutissement de la quête.

2°) PLUS LA POESIE SE DEMATERIALISE, PLUS ELLE PENSE ATTEINDRE LA SIGNIFICATION ULTIME :

Ainsi s'impose son lien avec la musique, qui de tous les arts est le plus insaisissable, le plus spirituel. Il n'y a pas un sens dernier, définitif, mais la perception d'une réalité suppérieure par la musique. Mallarmé joue sur l'implicite et l'ellipse dans le sonnet en "x" : "Le sens, s'il en a un [...] est évoqué par un mirage interne des mots même".

3°) L'HISTOIRE DE LA POESIE, TEMOIGNAGE D'UN EFFORT POUR ATTEINDRE UNE REALITE SUPERIEURE :

Un dynamisme s'instaure entre les mots et les choses. Le but que se fixe la poésie suppose le réel connaissable et le langage malléable. Jean-Pierre Richard remet donc en question la relation du poème à un sens donné de manière définitive.

CCls° et Tst° : La déstabilisation des relations entre signifié, signifiant et référent ne conduit-elle pas à une illusion sur la capacité d'aboutissement de la quête ?

III. L'INTEGRATION DE LA QUETE DU SENS DANS LA FORME MÊME DE LA POESIE :

1°) LA TENTATION CRATYLIENNE :

La poésie moderne s'inscrit en rupture avec les découvertes de la linguistique. Elle remet en cause la stabilité du référent. Par exemple, la poésie de Jules Supervielle passe du registre du familier à l'étrangeté du quotidien. Il remet en question les liaisons logiques et syntaxiques afin de dissocier le langage et les sens.

2°) L'INTEGRATION DU PROCESSUS DE CONSTRUCTION DU SENS DANS LE POEME:

Francis Ponge théâtralise le rapport de l'auteur à l'objet. Il multiplie les approches de l'objet pour donner la parole aux choses. Ainsi, la vérité poétique est définie comme l'adéquation du signe à l'objet. Son texte intègre sa propre genèse comme sa propre critique.

3°) LE JEU DE CACHE-CACHE INTEGRE L'INTERPRETATION DU LECTEUR :

Cela implique une double acception :

- d'une part, le poème attend d'être lu pour exister, d'être réfléchi par une conscience qui interprète le sens des mots en fonction de son histoire, de ses propres connaissances. Le poème incite à pratiquer une lecture active, un dialogue.

- en outre, le langage signifie en lui-même, témoigne d'un héritage culturel qui pré-existe à celui qu'il emploie. Par exemple, "le pain", vu comme un emblême du christ par un lecteur chrétien, n'est pas actualisé par le poète.

CONCLUSION :

Nous pouvons convenir avec Richard que la poésie tend à intégrer trois paramètres : l'instabilité du réel, l'arbitraire du langage, et la subjectivité de l'auteur. Elle trouve un sens non pas dans sa relation à une vérité définitive, mais dans les rapports, les combinatoires qu'elle instaure entre le langage et le monde, l'auteur et son lecteur. La poésie moderne repose donc sur une morale de l'inconfort qui prône la recherche en elle-même en tant que mode d'écriture.